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Les poèmes |
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Le gris des roses
Marché de printemps
Anniversaire
Ce soir vois-tu, je t'écrirai
Nature Morte
Carnaval de Venise

Il y a des jours gris
où la page est à l'envers
où le verbe va de travers
Il y a des jours gris
où l'esprit perd la raison
près d'une âme en déraison
Il y a des jours gris
où seul le souvenir transporte
La mémoire des illusions mortes
Il y a des jours moroses
Mais dites-moi plutôt
Si les épines ont encore des roses

Héo, Héo,
Le printemps installe ses trétaux !
Les chemins essuient aussitôt
Les larmes des dernières flaques d'eau
Hoé, hoé,
Les prairies s'empressent de tisser
Entre leurs doigts
Des costumes d'églantier
De fougères et de feuilles des bois
Les boutons d'or se pendent au cou des papillons
Le ciel agrafe sur les arbres des bouquets de bourgeons
Venez en ribambelle
Les hirondelles, les tourterelles !
Enfilez vos chemises de dentelles !
Poudrez-vous le nez
Les criquets dans les prés !
Et vous, les pensées, les bleuts
Embrassez-moi dans la rosée !
Et si les nuages veulent s'inviter
Dites leur bien de rester derrière
La barrière
On ne veut plus voir tomber l'eau !
Le temps est aux lapereaux
Aux pigeonneaux et aux berceaux
Héo, Héo
Le printemps installe ses tréteaux !

Il n'y a que les hivers qui s'enfuient...
Les printemps s'empressent toujours de revenir
C'est ton anniversaire !
douze mois ont eu raison de toi
depuis la dernière fois
bon anniversaire
c'est un jour béni
souffle tes bougies
joyeux anniversaire
porte tes années en bandoulière
plus tard on fera l'inventaire
il n'y a que les hivers qui vieillissent
nos printemps s'empressent toujours de refleurir !

Je t'écrirai la tiédeur du ciel étoilé
Au-dessus de la fleur du pommier
Je t'écrirai la lumière d'une futaie de bois vert
Sur la pierre de la grande clairière
Je t'écrirai les couleurs de la tonnelle au muret
Parmi les senteurs d'arômes poivrés.
Je t'écrirai la renouée et les rameaux pleureurs
Au milieu des massifs aux parfums enchanteurs
Ce soir vois-tu, je t'écrirai
La buée d'une larme qui roule
Dans un reste de rêve qui se brouille

La neige fait le gros dos
Par-dessus les toits du hameau
Au creux du moelleux décor
L'hiver paresseux s'endort
L'automne lui a laissé
Dans le fond de son garde-manger
Des fruits chauds et lumineux
L'automne lui a gardé
Dans le coin de son grenier
Des parfums ronds et savoureux
Pour qu'à son réveil
Il repeigne le ciel
Aux couleurs vermeilles !

Venise, vieille Dame de dentelles
Ta robe s'envole et se soulève
Dans un bruissement d'ailes
A peine tu soupires à la lune
Que sur chacun de tes doigts
Les ponts déposent des anneaux
Aux pierres de verre et de lagune
Tes tricornes, tes costumes, tes capes surannées
Sont à l'image de tes églises, de tes palais
Tes masques nostalgiques
Jouent à cache-cache sur des visages énigmatiques
Carnavale, ritratto
Di commedia dell'arte
Mais qu'as tu fait de ta musique ?
C'est vrai, parfois je l'entends qui vibre
Quand elle nous arrive
Au large de Murano
Elle traverse les quais de Burano
Flâne sur les ruelles du Rialto
Avant de se perdre sans les bras des échassiers
Enlacés dans les eaux du chenal
Mais qu'as tu fait de ta musique ?
Même lorsque ses cloches tintent
Le campanile qui se penche
Ne peut la consoler
L'entends-tu cette complainte ?
C'est celle des amants de Vérone
Venue mourir sur le flanc des gondoles.

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