Dans l'âtre noir de suie, la bûche se consume,
Elle était hier encor l'ornement d'un fruitier.
Sans pitié, tailladée par main importune,
Elle offre sa chaleur dans le rouge brasier.
J'aime, les soirs d'hiver, voir sautiller les flammes,
Puis tendre mes deux mains au-dessus du foyer,
Tandis qu'en crépitant le feu de bois me charme,
Fait fendre la châtaigne, flamber le châtaigner.
Dans le mas isolé au coeur de nos Cévennes,
Blottie dans un recoin lorsque j'étais enfant,
J'entendais les anciens, lors des veillées sereines.
Moi je ne parlais pas, j'écoutais cependant.
La grande cheminée était lieu de rencontre
Où nos amis de coeur venaient se réchauffer,
Narrer leurs souvenirs, les mémorables contes
Qui nous faisaient frémir, à l'heure du coucher.
Mais où sont donc passées ces soirées de légende?
Les retrouverons-vous bientôt, l'âge venu ?
Pour à nouveau rêver à ces bois doux et tendres,
Que nous façonnerons, nous, vieillards devenus.